_ C'est moi.
Un jeune homme se leva d'un coin de la salle. Le dos courbé, il alla s'asseoir directement au piano. Ses longs cheveux bruns formaient des dreadlocks, attachées négligemment en une énorme queue de cheval. Il portait un tee-shirt vert, un peu sale, un peu troué. L'auditoire murmurait. Lui n'avait pas l'air de savoir où il était. Il avait l'air dans le vague, dans le flou le plus total.
_ Et que vas-tu nous jouer ?
_ Euh ... Schubert. Impromptu numéro trois ...
Il avait prononcé cela d'une voix rauque, presque inaudible, entre le chuchotement et le grognement. Et tout le monde s'était un peu redressé sur son siège.Nous étions un soir d'hiver, banal. Trop banal. J'avais donc décidé de me rendre à cette audition, histoire de tuer le temps glacial. Je m'étais installée près de la porte. Ainsi, je voyais défiler les pianistes et j'observais les réactions, les visages du public après chaque prestation. Il y avait les mères venues applaudir leurs enfants, pour leur première audition. Il y avait les pères, épuisés après une longue et dure journée de travail, mais quand même présents. Il y avait les professionnels, les professeurs. Il y avait les amis, les amis des amis, ceux avec qui on sort, juste après. Il y avait des gens plus âgés, venus écouter de la Musique. En fait, je m'amusais assez.
_ Quand tu veux ...
Le jeune homme frotta sa barbe de trois jours, fixa un instant les touches, puis il se mit à jouer. Il jouait, et tout, tout autour de nous changea.Dieu, qu'il était gracieux. Dès les premières mesures je compris. Il allait tous nous amener ailleurs. Il allait nous retourner le coeur. Comme ça, sans prévenir. Il allait nous baiser, mince. Plus personne ne bougeait. Pour rien au monde nous aurions brisé le silence qui l'entourait. Il n'y avait que sa Musique, Schubert, et son corps élancé face au piano. Même le son, la lumière semblaient différents. Et voilà. J'allais pleurer pour l'Homme et l'Impromptu de Schubert. Bravo.Tandis qu'il jouait toujours, mon regard s'échappa machinalement vers la grande vitre. Dehors, il faisait déjà nuit noire. Il y avait de la lumière aux fenêtres des immeubles. Et portée par la mélodie, je me suis mise à scruter les vitres d'en face. De temps en temps, une ombre, un corps apparaissait. Une silhouette se dessinait, puis se brouillait sous mes larmes. Chaque étage, chaque fenêtre y passa. Mon regard revenait parfois au pianiste qui n'avait cessé de jouer. J'aurais prié pour que ce morceau dure des heures. J'aurais prié pour qu'il ne s'arrête jamais. J'écoutais, je me nourrissais. Et en regardant à travers la nuit, dehors, j'imaginais ce que pouvait vivre, à cet instant précis, les gens chez eux. J'imaginais leur vie. Je les voyais dans un film. Avec l'Impromptu en bande sonore. J'avais cinq minutes environ pour me créer des personnages, et des histoires. Et mon imagination s'affolait, lorsqu'une silhouette devenait quelqu'un, lorsque les ombres devenaient des décors. J'avais cinq minutes indescriptibles à vivre, à leur faire vivre. Il avait cinq minutes, Lui, aussi. Cinq minutes pour réaliser l'indescriptible. L'indescriptible.[...]Je sentais venir la fin. Je le fixais à nouveau, je voulais garder en mémoire son image. Son visage. Son corps. Sa posture. Tout. Je voulais garder un peu de sa musique. J'aurais voulu tout enfermer, garder en sécurité.Puis la dernière mesure, et le dernier accord. La fin. Lorsqu'il termina, j'avais déjà essuyé mes larmes. Je le voyais se lever, puis saluer. Et au même moment, j'enfilai mon lourd manteau, je nouai mon écharpe autour de mon cou. J'allais partir. Après cela, je ne pouvais plus rien entendre. Non, vraiment pas. Pourtant, je mourrais d'envie d'aller le rejoindre, de m'asseoir à ses côtés, et de lui parler. Je mourrais d'envie de savoir. J'aurais voulu le connaître, mais je voulais par dessus tout le "respecter", respecter l'espèce d'intouchable que je venais de rencontrer.Et en passant la porte, je me demandai si ce jeune homme se rendait compte de ce qu'il venait de faire, s'il avait idée de ce qu'il venait de créer autour de lui. Autour de lui et du piano. J'étais persuadée que oui. Oui, il en était totalement conscient. Il avait ce pouvoir, et il nous en faisait cadeau, mine de rien.Je sortais de là, bouleversée à jamais. Tandis que derrière moi j'entendais, comme un écho des plus agaçant, comme l'aurait répété un robot dépourvu de sentiments, comme une insulte impardonnable, un manque de décence après ce qu'il venait de se passer :
_ Merci. Bien. Le suivant ?
> Waouh. C'est... Magnifique. Vraiment, à le lire sur l'impromptu n°3 de Schubert.Alors la, désolé je n'ai pas de mot. J'aivais deja lu beaucoup de texte sur la musique sur ces effets, mais celui la... Hors concours, il est trop beau. On ressent les émotions donné par la musique et le fait de le lire sur la musique donne cette effet que tu décris si bien "j'imaginais ce que pouvait vivre, à cet instant précis, [...] Je les voyais dans un film. Avec l'Impromptu en bande sonore." On s'imagine la scene, et ton texte serait lu en voix off. Ca me donne cette inprétion. L'importance que tu donne au jeune pianiste est tres bien ressenti je trouve. Le morceaux de phrase qui revient au début et a la fin, sont vraiment tres tres bien intégré, si bien qu'en finissant je n'avais pas compris quel theme tu avais choisi... Enfin vraiment, j'ai adoré. J'espere pouvoir trouvé d'autres themes ou peut etre arriveras tu à retrouver des mots, aussi juste que cela, si tu as des themes à proposer, je suis prenante, et vous aussi, les écrivians d'autes textes, et les gens de passage qui viennent lire, si vous avez des themes à proposer, faite le. En tout cas merci beaucoup pour ton texte.=DD <
